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Syncopes

Freud n'a jamais cachéson ardent désir de tuer son père. Il le clame même à  la face du monde en érigeant son mythe oedipien comme édifice central de l'architecture psychanalytique. Il semble intimement persuadé de l'universalité de ce désir masculin. Or il assimile ses relations avec les autres psychanalystes, dont il se considère comme le patriarche, à  des relations père-fils. Ce fils jouit de privilèges qui sont refusés à  ses frères et sera le seul héritier. Ce futur héritier peut dès lors entrer en rivalité avec le pèe et souhaiter sa mort, jusqu'au jour où il le détrônera réellement. L'intensité de la conviction de Freud que ce sentiment de rivalité est universel a de quoi surprendre. Carl Gustav Jung sera le premier à  jouer, selon les propres termes de Freud, ce rôle de prince héritier. Freud écrit à Jung :

Il est remarquable que le soir même où je vous adoptai formellement comme mon fils aîné, où je vous oignis comme successeur et prince héritier - in partibus infidelium -, qu'alors vous m'ayez dépouillé de ma dignité paternelle et que ce dépouillement ait paru vous avoir plu autant qu'à moi le revêtement de votre personne. (20)

Freud fantasme avec une rare conviction le désir que Jung pourrait avoir de le tuer. Jung raconte dans ses mémoires qu'en 1909 à Brême, alors qu'il est - en compagnie de Freud et de Ferenczi - en partance pour les États-Unis, il en vient à parler de cadavres momifiés que l'on retrouve parfois dans la tourbe des marais du Holstein, du Danemark ou de Suède, sous l'effet de l'acidité des tourbières, et que Jung confond avec les momies des plombières de Brême :

Mon intérêt énerva Freud. " Que vous importent ces cadavres ? " me demanda-t-il à plusieurs reprises. Il était manifeste quece sujet le mettait en colère et, pendant une conversation là-dessus, à table, il eut une syncope. Plus tard, il me dit avoir été persuadé que ce bavardage à propos des cadavres signifiait que je souhaitais sa mort. Je fus plus que surpris de cette opinion ! J'étais effrayé surtout à cause de l'intensité de ses imaginations qui pouvaient le mettre en syncope. (21)

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