Articles et interviews de Michel Facon

 

 

Approche nouvelle en alcoologie, la Programmation Neuro Linguistique entre maintenant dans les réponses thérapeutiques proposées dans le traitement de la dépendance alcoolique.

La PNL, c'est quoi exactement ?

C'est difficile à dire en quelques mots. Il s'agit d'abord d'une approche pragmatique de la communication, développée à partir de 1975, aux USA par John Grinder (linguiste) et Richard Bandler (psychothérapeute et informaticien). La PNL intègre sciences humaines et neurosciences pour proposer un ensemble de modèles cohérents permettant de schématiser tout comportement humain (externe ou interne).

Mais la PNL est aussi une attitude d'ouverture d'esprit, de flexibilité et une éthique. En PNL, nous sommes ancrés dans cette certitude que chacun de nous possède les ressources nécessaires pour trouver des solutions à ses problèmes.

La PNL se présente également comme un ensemble de techniques d'intervention très efficaces et une méthodologie rigoureuse. C'est le côté "outils" de la PNL, celui qui nous permet de faire des interventions qui prennent une allure "magique", comme faire disparaître à jamais une phobie même très intense.

Quels intérêts offre cette approche nouvelle en alcoologie ?

La PNL, en tant qu'outil de communication, nous permet d'établir rapidement la relation de confiance avec la personne en difficulté avec l'alcool et de vérifier si cette confiance est bien installée dans la relation avant d'aller plus loin. Les objectifs à atteindre sont ensuite fixés conjointement par l'alcoologue et son patient. Intervient ensuite la phase d'application des "outils" aux problèmes concernés.

Ce que nous visons, ce sont des changements vérifiables, autant par le patient que par l'alcoologue. Ce qui frappe dans cette procédure, c'est la précision, la rapidité, l'efficacité des interventions. Ces dernières se font d'ailleurs sans douleur et le patient à l'impression de jouer avec son cerveau comme si celui-ci était un ordinateur.

Avez-vous quelques exemples de ce que peut faire la PNL ?

Oui, nous pouvons réduire les difficultés d'endormissement en 15 mn et le patient s'endort sans problème le soir même. Nous pouvons régler un travail de deuil qui n'a pas été fait en 1 heure ; nous faisons disparaître des cauchemars en 5 mn ; nous pouvons rompre une relation de co-dépendance affective, traiter définitivement de graves traumatismes du passé, modifier un dialogue intérieur dévalorisant, etc... Tout ceci se fait sans soulever de "résistance" et en respectant l'écologie de la personne.

Ces interventions se font-elles en groupe ou en séances individuelles ?

La plupart des interventions se font en "atelier" d'une douzaine de personnes, l'alcoologue présente l'outil, précise son champ d'application, fait quelques démonstrations et l'atelier éclate ensuite en triades au sein desquelles chacun met l'outil en œuvre avec l'aide des autres. Bien entendu, l'alcoologue supervise le travail et aide les personnes qui rencontrent des difficultés. Les interventions plus délicates sont faites en séances individuelles.

Ce type de fonctionnement rompt la passivité. Il est bien difficile d'échapper à l'implication dans un groupe de 3 personnes ! Il n'y a plus ces éternels "muets" que l'on rencontrait autrefois dans les groupes de parole ! De plus, les patients prennent réellement plaisir à travailler sur eux-mêmes avec des outils efficaces.

Vous faites état de découvertes. Pouvez-vous en dire quelques mots ?

Oui, quelques mots car il faudrait rentrer dans les aspects techniques... Nous avons désormais le moyen de déclencher ce qu'il est convenu d'appeler une "cuite sèche". Nous en avons le mécanisme et nous savons le maîtriser. Ceci veut dire que nous pouvons obtenir les effets psychotropes de l'alcool sans ingestion du produit : Autrement dit, nous savons comment fait le sujet pour passer d'un état sobre (ES) à un état alcoolique (EA).

Quelle est l'utilité d'une telle invention ?

Elle est considérable ! Considérable sur le plan pratique... Elle nous permet de réconcilier enfin ES et EA. La personne en difficulté avec l'alcool est fortement "dissociée". Tout ce passe comme s'il y avait en elle deux personnes dans un même corps. Si vous voulez : EA et ES celle qui s'alcoolise et celle qui voudrait maîtriser l'alcool. Lorsque vous avez devant vous une personne, c'est avec ES que vous communiquez. EA est absent et c'est pourtant lui qui présente le problème. ES est déjà convaincu de la nécessité de régler le problème d'alcool. A l'inverse, si vous avez devant vous EA, c'est avec lui que vous communiquez et c'est alors ES qui s'est absenté. Entre EA et ES, il y a comme chacun sait, une incongruence majeure, mais celle-ci est de nature séquentielle.

Pour traiter cette incongruence, il convenait de disposer d'une technique permettant de faire apparaître EA et ES en même temps, là, devant vous, c'est à dire simultanément. L'incongruence est alors dite simultanée et les outils de la PNL permettent de la réduire. Voilà donc l'utilité d'être capable de déclencher l'état alcoolique...

Les aspects techniques sont développés dans un article à paraître prochainement dans le N° 1 de la revue de PNL "Potentiel". Cette méthode peut d'ailleurs être enseignée. Une dizaine de praticiens PNL l'appliquent aujourd'hui en d'autres lieux avec les mêmes résultats que nous.

Est-ce que la pratique de la PNL a changé votre conception de l'alcoolisme ?

OUI, radicalement. On peut dire que sur la base des résultats obtenus, j'ai dû changer de paradigme... Mes croyances à ce sujet en ont été bouleversées. D'abord, je ne crois plus que le traitement de celui que l'on nomme "alcoolique" doit être nécessairement long. Je pense que plus l'alcoologue croit que le traitement sera long, plus il le sera, car il transmet cette croyance à son patient. Je crois que l'alcoolisme est un trouble du comportement (ouvert et couvert). Je ne dirai pas qu'il s'agit d'une maladie, même si l'alcool en tant que produit conduit à des alcoolopathies.

Pour moi, la personne dite "alcoolique" est fortement dissociée, sans qu'il s'agisse d'un cas de "personnalité multiple". Cette dissociation est à l'origine d'une incongruence séquentielle qui peut et doit être ramenée à une incongruence simultanée. Cette dernière peut ensuite être traitée.

Je ne sais pas si cette conception est vraie ou fausse et cela m'importe peu de le savoir. Ce que je sais, par contre, c'est que cette conception est fonctionnelle et permet d'obtenir des résultats concrets.

Il m'importe peu que cette conception soit scientifique ou pas. Je ne me demande pas "pourquoi" un alcoolique a des problèmes avec l'alcool. Je me demande "comment" ça se passe pour lui et quand j'ai compris le processus, je me demande comment je peux agir pour l'aider à changer ce qu'il veut changer. La PNL concerne l'étude objective de l'expérience subjective de la personne. Tout ce qui m'intéresse, ce sont les résultats, pas les théories.

Michel FACON
"Alcoologie Plurielle" - Avril / Mai 1991

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Michel Facon travaille en alcoologie depuis de nombreuses années. Psychothérapeute, il est un des premiers à avoir utilisé la PNL avec des malades alcooliques. Dans cette rubrique il vous parle de sa pratique.

Avez-vous remarqué que l'on met très souvent "maladie" entre guillemets dans les textes qui concernent l'alcoologie ? Au fond, cette affaire de "maladie" n'est pas très claire, même s'il est encore préférable de dire "maladie" plutôt que vice (qui lui n'est jamais mis entre guillemets...). Cette "maladie" qui n'en est pas tout à fait une, et qui ne ressemble pas aux autres maladies, est bien plutôt une sorte de "mystère".

Pendant 17 ans, j'ai travaillé avec des personnes en difficulté avec l'alcool, essayant de comprendre le "Pourquoi" de cette maladie qui n'en est sans doute pas une. J'ai essayé de percer le mystère à partir de multiples théories des uns et des autres : je vous laisse imaginer le nombre de lectures, conférences, congrès, séminaires... qui émaillent ces 17 années. Mes recherches ne m'apportèrent pas de réponse réellement satisfaisante.

En simplifiant, je peux dire que la seule chose qui était claire à mes yeux, c'était que la consommation excessive d'alcool conduisait à des maladies (nommées "alcoolopathies" par le corps médical) : ces alcoolopathies étant les conséquences d'une alcoolisation excessive chez les personnes plus ou moins vulnérables au produit alcool.

Aujourd'hui, je ne parle plus de "maladie". Je dis plus volontiers que l'alcoolisme est un comportement incontrôlé (et souvent vécu comme incontrôlable par celui que l'on étiquette "alcoolique").

Distinguer la personne et son comportement

Monsieur X n'est pas pour moi UN alcoolique, Mr. X présente un comportement d'alcoolisation incontrôlé. Astuce de langage ? Jeu avec des mots ? Certainement pas ! Car, lorsque l'on parle du comportement de Mr. X, on ne parle pas de ce qu'il EST, mais on met l'accent sur ce qu'il FAIT.

Croyez-moi, Mr. X aimerait faire autrement que boire, mais il ne peut pas, ou il ne sait pas comment faire... (ou, plus précisément, il ne sait plus comment faire). Autrement dit, même s'il veut "ne pas boire" dans certaines circonstances, il ne peut pas le faire avec aisance. Inutile de dire qu'en appeler à sa volonté est inefficace, voire même nuisible. Il voudrait pouvoir ne pas boire, mais il ne peut pas "pouvoir" !

Cette idée est bien exprimée dans certaines définitions de l'alcoolisme comme : "la perte de liberté par rapport à l'alcool...", "la perte de liberté de manœuvre à l'égard de l'alcool" (J.RAINAUT). Ce qui veut dire en clair que la personne en difficulté avec l'alcool n'a plus le choix : elle n'a plus qu'un comportement possible - l'attirance irrésistible - ! Elle le dit d'ailleurs elle-même : "c'est plus fort que moi"... "J’ai le diable dans le ventre"... comme s'il y avait deux personnes en elle et que la personne "raisonnable" ne pouvait pas intervenir face à l'alcool. La personne alcoolique veut "ne pas être obligée de" mais elle ne peut pas car elle ne sait pas COMMENT faire.

Glossaire et Commentaire permettant de comprendre les Principes et Notions Fondamentales de la PNL.

Il ne sait "plus" comment faire : Un des présupposés de la PNL repose sur le fait que la personne a eu dans son histoire, antérieurement la "ressource" qui lui manque dans la situation qui lui pose problème, ou qu'elle la possède dans une autre situation. Il suffit de retrouver cette ressource et de la transposer dans la situation problématique pour que s'effacent les difficultés rencontrées - ceci grâce à un procédé spécifique !

N’a plus le choix : La notion de choix est essentielle en PNL : plus on a de choix de comportements dans une situation, plus on est "flexible", moins on est limité, cela semble une évidence ! La pratique de la PNL permet au patient de développer ses choix de comportements.

Du "Pourquoi ?" au "Comment faire ?"

Je me suis demandé pendant des années, POURQUOI cette envie irrésistible, cherchant des explications, des "raisons", des significations... Bref, cherchant à "comprendre"... En réalité, je dois avouer que je n'ai rien trouvé de très spécifique qui m'ait convaincu. Les multiples théories avancées pour expliquer l'alcoolisme étaient parfois très intéressantes mais elles ne me disaient pas comment faire pour aider la personne en difficulté avec l'alcool.

Les théories ne m'étaient pas utiles, je voulais du pratique, du concret applicable directement dans la relation avec "l'alcoolique" ; je voulais des moyens, des "OUTILS". J'aurais voulu que quelqu'un me dise très précisément : "voilà comment il convient de t'y prendre pour obtenir des résultats !" Je ne voulais pas expliquer les problèmes des gens, je voulais les aider à les résoudre, c'est à dire : être EFFICACE...

Je ne voulais plus qu'on se contente de me dire des choses aussi vagues et floues que : 'l'important c'est d'établir la relation...", "de mettre la personne en confiance" etc... Ou des phrases similaires. Je voulais qu'on me dise avec précision comment m'y prendre, concrètement, pour établir cette fameuse relation, comment la maintenir et comment repérer, sans me leurrer, si cette relation est bien établie. Plus qu'un savoir, je voulais acquérir un savoir-faire.

Il y a trois ans encore, je me sentais résigné, prêt à accepter une routine faite de résultats aléatoires et à renoncer à trouver une technique vraiment efficace... Je baissais les bras et le mystère de l'alcoolisme restait pratiquement entier.

La PNL comme réponse

C'est alors que je "rencontrai" cette discipline au nom rébarbatif : La Programmation Neurolinguistique (PNL), en feuilletant la revue "Psychologies" (février 1982 - n° 144). J'ai lu, relu, puis étudié cet article de très près : l'auteur, Alain Cayrol y donnait la démarche à suivre pour réaliser un "ancrage", une des techniques de PNL permettant de résoudre rapidement des problèmes mineurs.

Au lieu de philosopher à l'infini sur la PNL ou d'écouter cette petite voix intérieure qui me répétait "ce n'est pas possible ! ", j'ai essayé "l'ancrage" dès le lendemain avec des patients du Centre où je travaillais. Et ça a marché ! J'en ai fait un, deux, trois, dix... et ça continuait à marcher ! Je me suis procuré ensuite l'ouvrage d'A. Cayrol et Josiane de St Paul ("Derrière la magie : La PNL") grâce auquel j'ai pu apprendre d'autres "outils". Je "désactivai" alors des scènes traumatisantes en un temps record (10 à15 mn !), je traitais définitivement des phobies en une seule séance.

Ces résultats encourageants me conduisirent tout naturellement à la "formation officielle" pour acquérir savoir-faire et certification.

Les premiers succès thérapeutiques

De la période de mes débuts avec la PNL, il me reste une foule de souvenirs inoubliables.

Je me souviens d'Albert, une cinquantaine d'années. Il venait tout juste d'arriver au Centre, incapable de parler le visage grave, bouleversé, il me tend une enveloppe... Je lis son petit mot dans mon bureau : son fils d'une quinzaine d'années avait été brûlé vif, quelques années auparavant dans l'incendie de l'hôtel restaurant qu'il gérait. Albert avait assisté impuissant, à la scène de son enfant brûlé vif devant lui... Il ne pouvait pas en parler sans s'effondrer immédiatement.

Dix minutes ont suffi pour détacher l'affect pénible de ce souvenir horrible. Il n'en revenait pas et moi non plus d'ailleurs ! Son corps s'est détendu instantanément et son visage figé s'est détendu, il paraissait quelques années de moins... Le lendemain, dans le groupe de psychothérapie auquel il participait, il pouvait parler de l'horrible accident sans être submergé par l'émotion. L'intervention s'était faite sans aucune souffrance, comme c'est le cas lorsque l'on pratique la PNL.

Je me souviens aussi d'Éliane, 40 ans environ. Son père s'était suicidé dans son bureau, pièce attenante à l'endroit où elle se trouvait. Des années plus tard, elle entendait encore le coup de revolver et elle revoyait sans cesse son père, effondré, une balle dans le front. Elle revivait plusieurs fois par semaine cette scène dramatique et avait peur de s'endormir, disait-elle à cause de ce "cauchemar".

Il a suffi de quinze à vingt minutes, en comptant le temps passé à la convaincre d'essayer l'intervention, pour effacer l'impact du traumatisme.

Elle entendait... Elle revoyait... et avait peur : Notons ici les "prédicats" (1 : auditif - 2 : visuel - 3 : kinesthésique) qui mettent en évidence les différents modes de représentation.

Élisabeth était infirmière. Elle arrêtait de boire régulièrement, mais rechutait - disait-elle- à cause de sa "phobie". Dès qu'elle était abstinente, elle ne pouvait plus conduire sa voiture à plus de 30 km/heure, par contre, dès qu'elle se remettait à boire, elle conduisait normalement ! Je vous laisse imaginer les conséquences...

L'intervention avait été réalisée devant les 10 personnes de son groupe de thérapie. Quarante minutes après, ce handicap avait trouvé sa solution. Sceptique comme le sont la plupart des personnes dans des cas analogues, Élisabeth m'avait dit : "Oui, je sens que ça va aller, mais qu'est ce qui me prouve que ça ira vraiment quand je serai au volant de ma voiture ?" Je lui tendis alors mon trousseau de clefs en lui disant : "Prend ma voiture et va faire le tour de la Ville !" Un bon quart d'heure après, elle revint, souriante devant le groupe ébahi et me dit : "Elle est nerveuse ta voiture !".

Il y eu aussi les "ancrages de sommeil" : en quinze minutes, un patient insomniaque, pouvait réapprendre à s'endormir et il retrouvait cette capacité le soir même ! Neuf fois sur dix, cette intervention suffisait. Lorsque l'on connaît les difficultés du sommeil que rencontrent les alcooliques, c'est quand même pratique n'est-ce pas?

Une anecdote est restée gravée dans mon souvenir : un jour, un patient que je ne connaissais pas encore est venu vers moi, dans la cour du Centre, en me disant : "C'est vous l'endormeur ?" Je lui ai simplement dit : "Oui, c'est moi, est ce que tu veux dormir ce soir ?" et j'ai ajouté : "ça va nous prendre un petit quart d'heure !" et cela ne nous prit pas davantage de temps.

Raconté de cette manière, tout cela paraît mystérieux, presque magique ! Mais derrière cette apparence de magie, il y a, soyez en certain, une technique très sophistiquée. Et cette technique s'apprend, comme toutes choses...

Changer sans souffrance

Ainsi, au fur et à mesure de la formation, j'apprenais de nouveaux outils que j'utilisais dès que l'occasion se présentait. Et cela marchait ! Enfin, je pouvais me sentir efficace devant un nombre sans cesse croissant de problèmes différents. Cela marchait, et je pouvais dans la plupart des cas, vérifier les résultats. Les gens changeaient sans souffrir.

Pour ma part, j'acquérais un nouveau style d'intervention et au vu des résultats, me reposait le problème de l'alcoolisme en d'autres termes... faisant "comme si" je ne savais rien sur le sujet (d'ailleurs, je ne savais pas grand chose, je croyais plutôt savoir...)

Quelques exemples de changements

J'ai vu des obèses maigrir et maintenir ensuite leur poids... J'ai vu des phobiques de l'eau apprendre à nager... J'ai vu des timides se mettre à parler avec aisance... Des gens s'accommoder enfin d'un deuil qui traînait depuis des années en une heure et j'en passe...!

J'ai appris à écouter vraiment les gens et à les regarder au lieu de chercher à "interpréter" ce qu'ils disaient. J'ai appris à respecter l'équilibre interne d'une personne (son "écologie") avant de l'aider à changer. J'ai appris à me remettre en cause au lieu de dire, avec un petit air pseudo professionnel : "il résiste" ou... "il n'est pas prêt" ou "il n'est pas motivé". J'ai appris à travailler avec la subjectivité du patient au lieu de tenter d'ajuster les propos, le comportement, etc... du patient à une théorie quelconque.

Et au-delà de tout cela, j'ai compris que les gens portent en eux les ressources nécessaires à leur propre changement !

Découvrir le mécanisme de la pulsion irrésistible vers l'alcool : Les processus internes

Pourtant, le lecteur l'aura compris, la PNL n'est pas une panacée. Le problème avec l'alcool ne disparaît pas en quelques minutes, ou même en quelques heures, ce serait naïf de le penser. Le comportement "alcoolique" (je n'ai pas dit la personne alcoolique) est engendré par des mécanismes très précis et le phénomène est complexe. Mais un problème complexe pour lequel on n'a pas de réponse globale, ne peut-il pas être ramené à un ensemble de données plus simples pour lesquelles on dispose d'outils en  PNL ?

Depuis deux ans, nous sommes allés de surprises en surprises... Je veux dire de découvertes en découvertes... Nous avons vraiment fait comme si nous ne savions rien de l'alcoolisme et nous nous sommes reposés les questions naïves de base, telles que :
"Que fait très précisément et très concrètement "l'alcoolique" dans sa tête, pour SE déclencher, à son insu, l'envie irrésistible de boire ?", c'est à dire, "Comment se déroule ce processus mental interne ?"

Nous savons aujourd'hui répondre à cette question avec une grande précision et nous savons aussi déclencher à volonté cette envie de boire ! Nous savons comment agir sur ce mécanisme afin de l'enrayer. Autrement dit, nous savons comment faire pour déclencher les effets psychotropes de l'alcool sans que le sujet ingère de l'alcool.

Etablir des modèles aboutissant à un savoir-faire

En guise de conclusion provisoire, je dirai que l'utilisation de la PNL en Alcoologie clinique montre le phénomène de l'alcoolisme sous un jour vraiment nouveau. Le "mystère" auquel je me référais au début de cet article n'en est plus tout à fait un et les choses s'éclaircissent bon train...

Mais que l'on comprenne bien. Nous ne sommes pas en train d'élaborer une nouvelle théorie de l'alcoolisme : nous mettons en place progressivement, un ensemble de MODELES conduisant à un savoir-faire, à une pratique.

MICHEL FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 1 - Janvier 1992

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Analyse du syntagme et dévoilement successif des questions

Notre analyse s'inspirera de la méthode des premiers linguistes.

L'énoncé est : "Communication en Alcoologie entre soignants-médecins et soignants non-médecins."

Linguistiquement, cet énoncé est un syntagme dans lequel chaque unité significative n'a de sens que par rapport aux autres unités présentes dans le contexte. Cet énoncé forme un tout de définit le cadre dans lequel peuvent se développer nos échanges. Or, ce cadre n'est pas neutre, loin s'en faut... Il est clair que dans le syntagme proposé :

1) L'alcoologie est inscrite d'emblée dans un contexte médical par le biais de la thérapeutique.

2) Dans le contexte médical un clivage est introduit entre le groupe des médecins, relativement homogène et celui des non-médecins, hétérogène.

3) Le médecin est situé d'un côté d'un champ alcoologique, les autres soignants définis comme "non-médecins" sont situés d'un autre côté.

4) Un problème de communication entre les uns et les autres est posé d'emblée.

Question préalable

Vous est-il vraiment nécessaire, pour nous entendre, de savoir qui de nous deux est médecin ou ne l'est pas ? Cette question est-elle pertinente en alcoologie ? Nous pensons que non.

Un présupposé est sous-jacent, la formulation même du thème de travail qui nous a été proposé : le clivage soignants-médecins / soignants-non médecins est présenté comme allant de soi en alcoologie. Mais ce clivage exprime une réalité sociale contemporaine puisque le médecin occupe de fait et de droit une position centrale dans le champ de l'alcoologie clinique.

Le discours juridique et le discours administratif le désignent en effet comme le responsable des équipes qui travaillent dans ce champ. Mais il faut prendre garde au schéma réducteur : l'alcoologie clinique appliquée à la thérapeutique des personnes en problème avec l'alcool ne couvre qu'une partie du concept ALCOOLOGIE. C'est dire que le médecin ne doit pas s'investir lui-même comme plus compétent qu'un non-médecin en dehors du champ de l'alcoologie clinique sauf à devenir un alcoologue.

On peut en effet relever, lors de l'inauguration de la Société Française d'Alcoologie, en 1978, des propos qui reflètent clairement l'insuffisance du seul corps médical en alcoologie.

Deux exemples

Le Pr. JEAN : sous le titre "De l'impuissance du thérapeute"
"Si on limite l'alcoologie à être une branche de la médecine, on en voit bien vite les limites" ... "Le fait que l'alcoolisme soit baptisé maladie ne suffit pas à donner au médecin la panoplie nécessaire à la prévention, au dépistage et aux soins..."

J. RAINAUT : "Pour moi l'alcoologue vient d'où il veut et non pas seulement de la Faculté de Médecine."

C'est sans doute de l'insuffisance reconnue par les uns et les autres qu'est venue l'idée de multidisciplinarité ou d'interdisciplinarité. La complémentarité des différents spécialistes est posée comme axiome et la collaboration des uns avec les autres ferait l'efficacité. Mais si chaque terme de notre sujet de travail tire son sens de la présence des autres termes (relations syntagmatiques), il faut aussi tenir compte des termes absents, mais qui auraient pu s'inscrire dans ce contexte (relations paradigmatiques).

Par exemple, on ne nous a pas demandé de prendre la parole dans le cadre de "la Communication en Cardiologie entre médecins et non-médecins." Car la cardiologie est affaire de médecins, et seulement de médecins, cela va de soi. Mais en alcoologie, il semble bien que les choses n'aillent pas de soi.

D'où la deuxième question : L'alcoologie s'inscrit-elle dans un domaine uniquement médical ? Est-ce uniquement une affaire de soignants ? On ne nous a pas demandé non plus de parler de "la Communication en alcoologie entre infirmiers et psychologues ou entre assistantes sociales et diététiciennes." Le problème de la communication n'est-il pas aussi pressant dans ces cas-là ?

Disons le clairement : le champ alcoologique est actuellement morcelé. Cet état de fait pose des problèmes de communication entre les différents "spécialistes". Il semble en effet difficile de trouver un langage commun quand il s'agit d'alcoologie.

Mais au fait, qu'est-ce que l'alcoologie ? Comment la définir ?

Une discipline porte sur une matière. La matière est ici le champ alcoologique c'est-à-dire, au sens le plus large, l'ensemble des rapports entre l'homme et l'alcool. Mais une discipline possède aussi un objet, c'est-à-dire qu'elle doit se construire elle-même un ensemble de concepts à l'aide desquels elle interroge sa matière.

Par exemple, l'alcoologie serait cette discipline qui vise à élucider les rapports de l'homme à l'alcool... et pour ce faire (se faire) elle devrait construire son propre objet, c'est-à-dire les outils conceptuels qui lui seraient spécifiques.

Notre nouvelle question est alors celle-ci : pensez-vous qu'il soit possible de concevoir une alcoologie ayant ses propres lois, une alcoologie autonome par rapport aux disciplines qui lui sont adjacentes et qui lui prêtent aujourd'hui leurs outils ?

Et cette question, à la manière des poupées russes, en contient d'autres, comme celle-ci : Le discours médical à lui seul peut-il suffire à construire l'alcoologie ? En d'autres termes, alcoolopathies mises à part, le médecin est-il mieux placé qu'un autre pour comprendre la relation de l'homme à l'alcool ?

Bien sûr, il faut se rendre compte que depuis 1966, date à laquelle P. FOUQUET a relancé le mot "alcoologie" celle-ci entre de fait (de fait social dirais-je) dans le champ médical. Il suffira pour s'en convaincre d'ouvrir le Petit Larousse Illustré 1984 pour y lire la définition actuellement retenue :
ALCOOLOGIE : "Discipline médicale qui s'occupe de l'alcoolisme et de sa prévention."

En 1984, un alcoologue ne peut pas admettre cette définition réductrice qui ne s'appliquerait pour lui qu'à une "Alcoolismologie".

Et déjà surgit la question suivante : "Devra-t-on, dans un proche avenir, être nécessairement un médecin avant d'être un alcoologue ?"

Mais au fait, un alcoologue c'est quoi ? C’est qui ? Ça sert à quoi ? Et à qui ?

Car si pour être un alcoologue il fallait être obligatoirement un médecin, alors que signifient ces expressions de plus en plus courantes : alcoologue-infirmier ou infirmier-alcoologue ? La confusion règne entre des expressions qui, sémantiquement, sont différentes.

L'énoncé "Monsieur X est un médecin-alcoologue" ne signifie pas tout à fait la même chose que l'énoncé "Monsieur X est un alcoologue-médecin". Dans le premier cas, on ignore si le mot "alcoologue" est un substantif ou un adjectif, et chacun entend ce qu'il désire. Dans le second cas, d'emblée, "alcoologue" est identifié comme substantif.

En d'autres termes, est-on plus ou moins "alcoologue" comme on dit communément d'une personne qu'elle est plus ou moins psychologue ? En nous posant ces questions devant vous, communauté scientifique impliquée dans le champ alcoologique, nous souhaitons mettre ces questions en commun, c'est-à-dire, en somme, faire acte de communication... en espérant qu'elles soient communicables... voire communicatives.

Bien qu'il ne nous ait pas été demandé non plus de parler de "la communication en alcoologie entre alcooliques et non-alcooliques", il faut bien admettre que les échanges entre les uns et les autres ne sont guère favorisés non plus par ce clivage préalable.

Mais... continuons à ouvrir les poupées russes... voilà que surgit une autre question : "y a-t-il des "malades alcooliques" ou des "alcooliques malades" ?". " Tout cela n'est pas évident pour tout le monde.

Et si l'alcoolique ne se reconnaît pas volontiers malade, une chose est sûre au moins, c'est qu'il peut rendre malade pas mal de gens, à commencer par les "spécialistes" qui s'occupent de lui, et les soignants.

Au demeurant, il est certain, qu'il existe des alcooliques qui sont des malades, nous pensons à ceux qui développent des alcoolopathies. Il n'est pas contestable que ceux-ci aient à voir avec le soignant- médecin et avec les soignants non-médecins.

Alcoologie, alcoologue, alcool, alcoolique... des mots certes, mais derrière les mots ? Que recouvrent très précisément ces termes pour chacun d'entre nous?

Et si, par exemple, l'alcoologie n'était que la discipline qui s'occupe de l'alcoolisation, c'est-à-dire des multiples processus qui conduisent un individu à absorber de l'alcool dans un but ou dans un autre. Il faudrait alors s'entendre sur le mot "alcool" radical commun aux termes évoqués. L'alcool n'est-il pas à la fois un signe, un signifiant, une substance, un produit, une marchandise, une molécule, un pharmakon.

Et si le sujet de notre groupe de travail avait été tout simplement : "Communication en alcoologie entre alcoologues" ?...

En dernière analyse, le problème de la communication alcoologique se poserait-il avec autant d'acuité s'il existait à la fois une alcoologie et des alcoologues, l'alcoologie étant alors exprimée par ce langage commun forgé par ce théoricien et ce praticien que serait l'alcoologue ? L'alcoologie ainsi définie comme discipline s'occupant de l'alcoolisation ne répondrait-elle pas mieux aux secteurs de la prévention, des entretiens cliniques et de la formation ?

Mais voici qu'apparaît la dernière poupée russe, celle qui semble tellement petite qu'on l'oublierait volontiers.

Élucider sa propre alcoolisation, n'est-ce pas pour l'alcoologue un excellent levier pour appréhender la relation de l'autre à l'alcool ?

Il est toujours trop facile de parler de la relation des autres à l'alcool. L'alcoologue ne peut pas ne pas se mettre lui-même en questionnement sur sa propre relation à l'alcool. Ce questionnement l'aidera d'une part à moins juger et à mieux comprendre ceux à qui l'alcool fait problème et d'autre part, à mieux se situer dans le champ de la prévention et dans le champ de la formation d'autres alcoologues.

Il reste probablement bien d'autres poupées russes cachées. La progression dans la discipline alcoologique permettra peut-être d'en retrouver quelques-unes.

Michel FACON
Intervention au 32ème Congrès International sur l'Alcoolisme et les Toxicomanies.

(ICAA / CIPAT) Athènes 1985.
Paru dans "La Revue de l'Alcoolisme". 1985

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Avec la PNL... Un fragment d'alcoologie

Dans les précédents numéros, nous avons mis en évidence la présence de deux parties PA et PS (Partie "Alcoolique" et partie "Sobre") chez la personne alcoolique et montré l'importance de réconcilier ces deux parties qui ne sont habituellement jamais présentes en même temps (Intégration des parties), afin de pouvoir dialoguer avec la personne et entamer un travail, en utilisant certains outils spécifiques de PNL...

Je conseille vivement au lecteur de relire attentivement l'article précédent : Partie "Alcoolique" et partie "Sobre".

L'article d'aujourd'hui est la retranscription d'une séquence clinique. J'invite le lecteur à faire comme s'il était présent pendant la séance de travail avec Éliane. Une appréciation pleine et entière de ce fragment de clinique alcoologique nécessiterait la vidéo. La séquence clinique suit quelques généralités sur l'approche PNL en alcoologie. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux commentaires.

Que fait exactement l'alcoologue ?

Il regarde, écoute, reformule ce que dit son vis-à-vis et pose des questions. Celles-ci sont destinées à recueillir les informations dont il a besoin. Il se garde de toute interprétation et de tout commentaire portant sur ce que dit la personne alcoolique.

L'alcoologue formé à la PNL applique une méthode précise. Il sait où il va et où il veut conduire son vis-à-vis. Il cherche délibérément à influencer ce dernier et il le fait avec intégrité et respect (notion "d'écologie") en tenant compte de l'objectif du patient. (Le travail sur l'objectif consiste à lui faire définir, à l'aide de questions précises : comment passer de son état présent à un état désiré (objectif) dont il peut ne pas avoir encore conscience (ou dont il ne mesure peut-être pas toutes les implications).

Nous reparlerons plus longuement de ce travail essentiel, ultérieurement. La toute première chose qu'il fait, c'est établir le rapport avec son interlocuteur de façon à enclencher une relation de confiance. (Établir cette relation est essentiel pour l'efficacité du travail thérapeutique).

Pour créer ce rapport et le maintenir au cours du travail, il utilise une procédure sophistiquée connue en PNL sous le terme de "synchronisation". Celle-ci consiste à observer l'interlocuteur et à refléter en miroir sa posture globale, ses gestes, le ton et le rythme de sa voix, le rythme de sa respiration et d'autres paramètres encore... Il utilise également la synchronisation verbale : pour cela, il repère préalablement les prédicats employés par son interlocuteur et utilise lui-même des mots qui appartiennent au même registre (Visuel, Auditif ou Kinesthésique : V, A ou K).

Le lecteur comprendra ce que cela demande d'observation, d'adaptation et de flexibilité à chaque instant.

Les questions que pose l'alcoologue sont de différentes sortes. Certaines sont destinées à recueillir l'information nécessaire à la résolution des problèmes, d'autres à faire dire à la personne alcoolique ce qu'elle veut (précision de l'objectif), d'autres encore ont pour but de l'amener à élargir son modèle du monde et par conséquent à lui rendre possible des comportements nouveaux là où il se croyait limité. C'est seulement lorsque ce rapport est établi que l'alcoologue peut prendre en mains la conduite des interventions sans soulever de "résistances" de la part du patient.

L'exemple d'Éliane

Bien sûr, la séquence suivante est retranscrite à partir du moment où le rapport de confiance avec Éliane était déjà installé. (Il s'agit d'une retranscription. le style oral a été conservé)

Éliane, sa honte et son désir "d'éliminer" PA

M.F : "Si j'ai bien compris ce que tu dis, Éliane, d'un côté du voudrais cesser de boire et de l'autre côté tu bois et c'est plus fort que toi. Est-ce bien cela ? (1)

E : Oui, c'est tout à fait ça.

M.F : C'est un peu comme s'il y avait deux personnes en toi, l'Éliane qui veut boire et l'Éliane qui ne veut pas boire, autrement dit, l'Éliane alcoolique (PA) et l'Éliane sobre (PS). (2) Est-ce que c'est facile pour toi de vivre dans cette situation ?

E : Non, bien sûr, et c'est pour cela que je suis venue au centre !

M.F : Tu es venue au centre pour cela, mais qu'est-ce que tu veux exactement ?

E : Par rapport à ces deux Élianes ?

M.F : Oui, par rapport à ces deux Élianes.

E : Ben... je ne sais pas...

M.F : Tu ne sais pas (3). Imagine que tu as une baguette magique et que tu peux faire tout ce que tu veux avec elle(s). Qu'est-ce que tu fais ? (4)

E : (en plaisantant) Alors là, je me débarrasse tout de suite de celle qui boit !

M.F : Tu t'en débarrasses ?

E : Oui, je l'élimine quoi !... et il ne reste plus que celle qui ne boit pas !... celle qui boit me fait honte. (5)

M.F : Quelle est celle des deux qui a honte de l'autre ?

E : Eh bien, celle qui ne boit pas bien sûr.

M.F : Celle qui ne boit pas a honte de celle qui boit (6) et celle qui boit, elle, est-ce qu'elle a honte ? (7)

E : Ah non alors, elle, elle se fout de tout.

M.F : A ton avis, en te faisant boire, qu'est-ce qu'elle veut faire pour toi, cette Éliane Alcoolique ? Quel est son but ? Quelles sont ses intentions à ton égard ? (8)

COMMENTAIRES

(1), (2), (3) sont des exemples de reformulation. Il s'agit de redire en d'autres termes, et avec l'accord d'Éliane, ce qu'elle vient de dire. La reformulation doit contenir l'essentiel du discours d'Éliane.

(4) Le "coup" de la baguette magique aide Éliane à dire ce qu'elle veut. A ce stade du travail, il m'arrive souvent d'employer cette procédure. Les réponses obtenues avec d'autres personnes sont du même style que celles d'Éliane : "je tuerais PA"... "Je veux la faire disparaître"... "Je veux l'oublier"... etc... Et lorsque la réponse n'est pas verbale, les gestes sont tout aussi éloquents, si ce n'est plus, comme le geste de tirer au revolver sur PA par exemple.

(5) Éliane dit qu'elle a honte. Souvent, lorsqu'une personne a honte, l'expérience montre qu'il y a une distorsion dans l'image qu'elle se représente. Il est possible, comme le montre la suite, de régler ce problème rapidement. Cette honte gène manifestement Éliane et je prépare l'intervention qui lui permettra de continuer le travail avec confort.

(6) En fait, Éliane est dans la peau de PS et voit PA devant elle. En observant les mouvements oculaires d'Éliane, je sais qu'elle a une image devant elle. Cette image, qu'elle décrit d'ailleurs un peu plus loin, provoque cet état interne de honte (c'est-à-dire un kinesthésique désagréable).

(7) Cette question est destinée à vérifier si Éliane fait toujours la distinction entre PA et PS. La honte est bien un sentiment éprouvé par PS et par PS seulement.

(8) Éliane continue à voir cette image qui lui fait honte et cela la gêne toujours pour aller plus loin...

(9) Elle évoque à nouveau sa honte. C'est ici que je décide d'intervenir pour régler ce problème au passage avant d'aller plus loin.


E
: (Surprise) Ce qu'elle veut faire pour moi ? Ses intentions ?

M.F : Oui, ce qu'elle veut faire pour toi, ce qu'elle veut faire de bien pour toi.

E : Ben... elle ne veut rien faire de bien pour moi. C'est pour cela que j'ai honte (9) d'elle quand je n'ai pas bu.

M.F : En ce moment, qu'est-ce que tu vois là-haut? (10)

E : Je me vois lorsque j'ai bu et ça me fait honte (11). Je me revois lorsque mon mari a découvert que je buvais...

M.F : Si je comprends bien, dans cette image, tu te vois et tu vois aussi ton mari, c'est bien ça?

E : Oui, c'est ça.

M.F : Est-ce que tu peux continuer à regarder cette image? Y a-t-il quelque chose qui attire ton attention dans cette image ? Regarde bien... (12)

E : J'ai honte... Je ne vois rien d'autre.

M.F : Regarde encore... quelle est ta taille par rapport à celle de ton mari dans cette image ?

E : Je suis plus petite que mon mari et... (Silence. Elle paraît étonnée). Et ...? Ce qui est bizarre c'est que je suis plus petite que je ne le suis dans la réalité... c'est drôle... (13)

M.F : Je vais te proposer un petit changement, juste pour voir et sentir ce qui va se passer... tout en laissant ton mari à la taille qu'il a, est ce que tu peux te grandir de telle sorte que tu te vois, face à ton mari, avec ta taille normale par rapport à lui...

E : (Silencieuse quelques instants) puis : ça y est, j'ai une taille normale.

M.F : Et comment te sens-tu en regardant cette image maintenant ? (14)

E : ça va maintenant, je n'ai plus honte ! (15)

M.F : OK, tu n'as plus honte. Est-ce que tu peux continuer à regarder cette Éliane alcoolique et, tout en la regardant, est-ce que tu peux lui demander ce qu'elle veut faire de positif pour toi, en buvant ? Pose lui la question en t'adressant à elle, dans ta tête... (16)

E : C'est drôle, elle ne répond pas mais elle s'est redressée... (17)

M.F : C'est bien, maintenant que tu n'as plus honte d'elle, elle se redresse et maintenant qu'elle s'est redressée, dis-lui que c'est très important pour toi de connaître ses intentions positives (18) à ton égard... Dis-lui que tu es prête à l'écouter vraiment... et souviens-toi qu'écouter ne veut pas forcément dire être d'accord... (19)

E : (Silencieuse. Elle est en dialogue interne) Elle m'a dit... elle dit... c'est drôle... elle dit qu'elle me fait boire lorsque je suis angoissée...

COMMENTAIRES

(10) Éliane regarde à nouveau cette image de PA et...

(11) Elle répète à nouveau qu'elle a honte.

(12) Je veux obtenir des précisions sur l'image.

(13) Comme il est dit plus haut, cette disproportion est fréquente lorsqu'un patient évoque la honte.

(14) Je veux vérifier que l'intervention sur la honte est faite et que je peux poursuivre mon travail avec Éliane.

(15) Ce problème est réglé, elle le dit elle-même !

(16) Je reviens à la question posée en (8).

(17) Éliane fait comprendre que PA était sans doute affaissée puisqu'elle se redresse. C'est un effet de l'intervention sur la honte.

(18) Intentions positives : le qualificatif "positives" est une présupposition adressée à PA.

(19) Il s'agit ici d'éviter toute résistance (tu peux écouter ce qu'elle va te dire puisque cela n'engage en rien).

 

M.F : Remercie-la d'avoir bien voulu te dire cela. (Elle la remercie) Et toi que penses-tu à ce sujet ? (20)

E : C'est vrai que je suis angoissée très souvent et que dans ces moments-là, je bois.

M.F : Quelle est l'Éliane qui est angoissée très souvent ? La sobre ou l'alcoolique ?

E : La sobre bien sûr !

M.F : Lorsque l'Éliane Sobre est angoissée, alors l'Éliane alcoolique vient à son secours et pour l'aider, elle a recours à l'alcool, c'est bien ça ? (21)

E : Oui, c'est bien ça, mais elle boit, et c'est ça qui me faisait honte. (22)

M.F : Au fond, elle te rend service puisqu'elle t'aide lorsque tu es angoissée. Qu'en penses-tu ?

E : Oui, vu comme ça, elle m'aide mais...

M.F : Mais ? (23)

E : Mais il y a l'alcool.

M.F : Oui, pour t'aider, elle utilise un moyen : l'alcool. (24) Est-ce que tu peux revoir l'Éliane qui s'alcoolise et la remercier de vouloir te désangoisser lorsque tu en as besoin ? Dis-lui que tu n'avais pas compris qu'elle voulait te rendre service, même si tu penses que l'alcool n'est pas forcément le meilleur moyen pour cela.

E : On dirait qu'elle s'est rapprochée de moi et qu'elle est plus colorée... L'image est plus nette et elle s'est encore redressée. (25)

M.F : Est-ce que tu peux la remercier d'avoir bien voulu t'écouter ?

E : C'est fait. Elle est plus brillante encore.

M.F : C'est bien. Elle sent que tu commences à l'écouter et à la respecter. Tu peux voir qu'elle se sent (26) reconnue pour le service qu'elle te rend !

E : Je n'aurais jamais cru qu'elle pouvait me rendre service ! (27)

M.F : Oui, et l'alcool est le moyen qu'elle a utilisé jusqu'ici pour te rendre service. Parmi tous les moyens qu'elle avait, à sa disposition, elle a employé le meilleur (28) même si ce moyen gêne l'Éliane sobre.

COMMENTAIRES

(20) Il convient de bien comprendre qu'il y a trois positions : celle de PA, celle de PS et celle d'Éliane. Il y a aussi des moments où Éliane se met en retrait pour réfléchir : on dit alors qu'elle est en "metaposition" par rapport au conflit entre PA et PS.

(21) Je sépare l'intention de PA du comportement d'alcoolisation. L'intention n'est pas le comportement.

(22) "... faisait honte" : Éliane emploie spontanément l'imparfait, ce qui montre que la honte n'est plus présente.

(23) Éliane commence à distinguer l'intention du comportement, mais une partie d'elle même s'y oppose encore. D'où le "mais..." et le silence qui suit. Ce qui est après le "mais" n'est pas exprimé.

(24) Renforcement afin d'obtenir que l'intention soit mieux séparée du comportement ou l'alcoolisation considérée comme moyen pour réaliser l'intention.

(25) Éliane décrit spontanément les changements de submodalités visuelles après qu'elle se soit adressée à PA. L'auditif interne a modifié les submodalités visuelles : l'image s'est "rapprochée" (distance), elle est plus "colorée" (intensité des couleurs), elle est plus "nette" (flou/net).

(26) "...Tu peux voir qu'elle se sent reconnue..." : noter l'emploie des prédicats visuels et kinesthésiques. PA a un système de représentation principal kinesthésique, mais c'est à PS que je m'adresse, qui, lui est surtout visuel.

(27) Éliane accepte désormais que PA lui rend service.

(28) Il convient désormais de faire accepter à Éliane que PA a jusqu'ici utilisé le meilleur moyen (alcool) à son répertoire, d'où l'idée :

1. PA avait d'autres moyens, mais ceux-ci étaient moins efficaces que l'alcoolisation pour la désangoisser.

2. PA fait de son mieux pour te rendre service.

 

E : Oui, je comprends et je me sens mieux, mais...

M.F : Mais...

E : Mais elle va continuer à s'alcooliser alors ?

M.F : Puisqu'elle te répond... maintenant qu'elle se sent respectée... et que tu n'as plus honte d'elle, peux-tu lui demander si elle serait prête à employer un autre moyen que l'alcool pour continuer à te rendre service lorsque tu es angoissée... un moyen qui serait plus efficace encore que l'alcool ? (29)

E : (Silencieuse un moment) Elle a dit oui !

M.F : OK, remercie-la puisqu'elle est tout à fait prête à collaborer avec toi.
Éliane a les traits détendus, elle respire mieux et sa peau est légèrement plus rose, sa voix est plus posée. Elle articule mieux et son corps s'est redressé.

E : C'est fatiguant mais je me sens mieux maintenant.

COMMENTAIRES

(29) Puisque PA n'a que d'excellentes intentions à ton égard, utilisons-les et demandons-lui s'il acceptera de mettre en place un "moyen plus efficace que l'alcool".

(30) "... avec elle(s)..." : quand Éliane entend "elle", elle ne sait pas si je parle de la baguette magique ou des deux Élianes (PA et PS). Cette ambiguïté est voulue. Cette pratique est fréquente en PNL.

 

Comme on peut le constater par la réponse obtenue, PA accepte très volontiers. Bien sûr, le travail n'est pas terminé. Il convient maintenant de guider Éliane pour effectuer la réunification de PA et de PS (par le Squash Visuel).

Comme le lecteur l'a compris, il faudra ensuite apprendre à PA des moyens plus efficaces que l'alcoolisation (Recadrage en 6 étapes). C'est ce que nous aborderons dans le prochain article.

Michel Facon
1ère parution dans "La Tempérance" n° 5 - Janvier 1993

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Les points sur les i...

La Revue : Depuis que tu écris dans la revue, tu nous as dit une foule de choses qui sortent souvent des sentiers battus. Ça plaît à certains, mais d'autres critiquent ta théorie...

Michel : Oui, on ne peut pas plaire à tout le monde et ce n'est d'ailleurs pas mon objectif. Je crois que certains critiquent vivement parce qu'ils confondent encore théorie et modèle. Je n'ai pas construit une théorie nouvelle de l'alcoolisme, j'ai simplement introduit, à l'aide de la PNL, une nouvelle manière de penser l'alcoolisme qui donne, à l'évidence, de meilleurs résultats sur le plan clinique. La PNL appliquée à l'alcoologie se situe hors des querelles d'écoles, mais cela n'est pas bien compris. Un modèle, je le répète ici, n'a pas la prétention de rendre compte de la vérité scientifique.

L.R. : Ce clivage, "Partie Alcoolique" et "Partie Sobre", est-ce une "maladie"... est-ce cela, selon toi, que l'on nomme "maladie alcoolique" ?

M : C'est vrai que cette espèce de clivage entre PA et PS est tellement concret et facilement repérable qu'on pourrait y voir le noyau de la "maladie". Pour ma part, ce clivage, avec son caractère séquentiel, n'est pas du tout une maladie. C'est une manière commode d'entrer en relation avec celui qu'on épingle "alcoolique" pour, ensuite, le conduire à comprendre qu'il peut remplacer la solution du recours à l'alcool par d'autres solutions plus adéquates.

Pour moi, l'alcoolisme n'est pas du tout une maladie mais un comportement. À l'exception des alcoolopathies - c'est ainsi que l'on nomme les maladies, les vraies, celles-là, dues au fait que l'alcool est un toxique - celui que l'on étiquette "alcoolique" n'a aucun intérêt à être baptisé "malade". La notion d'alcoolisme-comportement sort l'alcoolique du champ médical et responsabilise le sujet lui-même.

L.R. : Mais beaucoup disent encore "maladie alcoolique, malade alcoolique..."

M : Oui, jusqu'à ces dernières années c'était peut-être une bonne chose, mais aujourd'hui ce n'est plus nécessaire. Certains parlent encore de "maladie alcoolique" car ils croient qu'on finira par trouver un gène qui expliquera tout, d'autres pour justifier physiologiquement la nécessité de s'abstenir du produit alcool de la même manière qu'un diabétique doit s'abstenir du produit sucre. La dépendance à l'alcool est alors définie comme un phénomène purement physique et la seule solution à l'alcoolisme, conçu comme une maladie à part entière, est l'abstinence totale, définitive et permanente. Cette vision reste à mon sens, partielle. (Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article...).

Le recours à l'alcoolisation est pour moi un comportement, c'est-à-dire quelque chose que la personne FAIT. Ce comportement, comme tout comportement, a été APPRIS. Il en va de même concernant la dissociation séquentielle PA/PS, qui, je l'ai souvent dit, est un mécanisme de survie...

L.R. : Qui dit mécanisme de survie dit danger ou danger potentiel... où est le danger ?

M : Bien sûr, ce mécanisme de survie a été appris, dans le passé, en urgence, dans des contextes bien particuliers. Cette dissociation PA/PS n'est pas un état (statique) mais un processus (dynamique). C'est un mécanisme à la fois fiable, ultrarapide, à caractère automatique et qui vise, dans l'urgence de la situation présente, à la survie du sujet. Il met PA en place et éclipse PS. On a vu qu'ensuite PS s'alcoolise et que, ce faisant, il modifie la manière dont est perçu le contexte par le sujet.

Nous avons d'ailleurs vu, dans mon article précédent, que cette modification est tellement ancrée chez le sujet qu'elle peut même, à l'occasion, se déclencher sans l'ingestion réelle du produit alcool, phénomène des "cuites sèches"...

L.R.: Il y a donc eu un traumatisme dans l'enfance ?

M : Oui, dans l'enfance ou dans l'adolescence. Mais il faut ici mettre les points sur les "i" et dire que le traumatisme doit être évalué en fonction de la carte du monde qu'avait le sujet à l'âge du traumatisme.

L.R. : Alors, ces traumatisme, quels sont-ils ?

M : Ce sont des événements toujours très difficiles à vivre, excessivement pénibles voire horribles et insupportables. Bien sûr, ces événements sont variables d'un sujet à l'autre. J'ai été frappé par le nombre d'événements inacceptables sur le plan social, des choses qui restent encore très souvent secrètes, non dites, comme des histoires d'enfants battus, de viols, d'incestes. C'est là, à ce moment-là, dans l'urgence d'une situation à laquelle le sujet ne peut se soustraire, que le clivage a été appris pour faire face à l'insupportable.

Cette dissociation (ou désassociation) n'est pas une maladie puisque tout un chacun peut apprendre à se dissocier exactement de la même manière. Cette faculté de se dissocier est plutôt un don, elle a une fonction positive capitale. Grâce à elle, une partie du sujet rend service à la personne et assure sa survie.

L.R. : Est-ce que tu peux donner un exemple ? Dans l'article précédent tu as parlé du cas de Natacha... Que s'était-il passé pour Natacha ?

M : Le cas de Natacha est très dur... à peine croyable... Natacha n'est cependant pas la seule dans ce cas-là à être devenue par la suite "alcoolique"... Natacha était violée, régulièrement, par son propre père, lorsqu'elle était gamine... Cela a commencé par des attouchements sexuels et, au fil des années, le père a fini par pénétrer sa fille... ça se passait presque chaque soir, à l'étage, dans la chambre de Natacha : la mère, qui n'a jamais rien su ou n'a jamais rien voulu savoir, était au rez-de-chaussée...

Dans un contexte comme celui-là on comprend aisément, me semble-t-il, l'urgence d'une dissociation séquentielle. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour Natacha : on pourrait dire qu'elle s'absentait de son corps pour supporter l'insupportable. D'ailleurs, pouvait-elle faire autrement ? Il y allait de sa survie...

Une fois acquise, apprise, cette faculté de se dissocier reste comme une possibilité, comme un mode de réponse possible... Cela veut dire très concrètement que la petite Natacha a ensuite grandi. Elle a rencontré l'alcool et s'est aperçue que le produit alcool aide beaucoup à la dissociation lorsqu'une situation de la vie quotidienne est insupportable.

L.R. : Peux-tu reprendre cela ? Il y a, me semble-t-il, deux choses à distinguer :
1) ce qui s'est passé dans l'enfance et qui a contraint Natacha à mettre en place la dissociation séquentielle et
2) les épisodes d'alcoolisation de la Natacha adulte...

M : Oui... C'est ça... dans l'enfance il y a eu l'inceste maintes fois répété et l'installation de la dissociation séquentielle en tant que mécanisme de survie... Entre l'enfance et l'âge adulte cette faculté de se dissocier a persisté comme un acquis, comme une sorte de don extraordinaire auquel le sujet peut avoir recours en cas de besoin, à chaque fois qu'il rencontre une situation difficile...

L.R. : Est-ce qu'il s'agit toujours de viols, d'incestes ou de choses de ce genre ?

M : Certainement pas. Tous les traumatismes peuvent être représentés. Ils sont cependant toujours vécus par le sujet avec une telle intensité que la seule solution est la dissociation. Ce sont souvent des traumatismes devant lesquels le sujet se trouve dans l'impossibilité de fuir.

L.R. : Dès lors, quelle est la psychothérapie la plus indiquée, selon toi ?

M : À mon avis, alcooliques et toxicomanes nécessitent bien plus qu'une psychothérapie...

L.R. : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

M : Je veux dire que la psychothérapie classique, traditionnelle, ne suffit pas. Elle peut rendre des services inestimables, bien sûr, mais elle ne suffit pas parce que, généralement, elle traite la personne sans tenir compte de la dissociation.

Il faut, tout d'abord, installer la confiance avec beaucoup de rigueur et, ensuite, analyser le plus finement possible les contextes dans lesquels apparaît le recours à l'alcool. Ceci revient à obtenir du sujet qu'il décrive très concrètement, en termes sensoriels d'abord, les situations précises dans lesquelles la Partie Sobre du sujet déclenche la stratégie d'alcoolisation et tout ce qui s'ensuit à partir de là...

Avec un peu de pratique, on finit par s'apercevoir que ce sont des émotions très désagréables qui sont à l'origine du recours à l'alcoolisation systématique.

L.R. : Qu'est-ce que tu veux dire exactement quand tu préconises d'analyser le contexte ?

M : Je veux dire faire une analyse descriptive du contexte. Je ne parle pas d'analyse interprétative, bien entendu, la description du contexte s'obtient en réponse aux questions : "Quand bois-tu ? Avec qui ? Que vois-tu, qu'entends-tu, que ressens-tu ?" etc... dans la situation dans laquelle tu vas boire ? Et une foule d'autres questions.

Placé dans un environnement donné, le sujet perçoit son environnement (c'est une perception externe), se perçoit dans cet environnement et évalue globalement la situation en lui donnant une signification. Tout cela se passe évidemment très vite et fait apparaître un état interne désagréable qui est à l'origine de l'alcoolisation.

L.R. : De quoi dépend la signification qu'accorde le sujet aux contextes dont tu parles ?

M : Cette signification est fonction des expériences antérieures qu'a faites le sujet, de ses croyances, de ses valeurs et critères personnels. Il faut bien comprendre ici qu'un vécu corporel n'est rien d'autre qu'un vécu. À lui seul, et en soi, il ne veut rien dire du tout. C'est le sujet qui va lui donner une signification précise. Et, fort vraisemblablement, à un vécu identique, des sujets différents font correspondre des significations différentes.

L.R. : Si j'ai bien compris, tu prends en compte l'environnement externe et interne, les perceptions du sujet en termes de vu, entendu, et ressenti (VAK). Ensuite, tu cherches à savoir la signification qu'à la situation pour le sujet.

M : C'est tout à fait ça. C'est de cette manière qu'on peut établir une liste des contextes dans lesquels l'alcoolisation apparaît à coup sûr... ou presque... Tout cela représente le recueil des données. Ensuite, on établit la série des interventions. Les lecteurs ont maintenant une petite idée de la succession des interventions.

L.R. : Est-ce que tout cela n'est pas une psychothérapie ?

M : Oui... Oui et non. Pour moi, ça représente bien plus qu'une psychothérapie. Je ne sais pas comment baptiser cette procédure qui est plus concrète, plus précise et mieux structurée qu'une psychothérapie traditionnelle. C'est une psychothérapie si tu veux, certes, et en même temps, ça va bien au-delà...

C'est tout un ensemble d'apprentissages et de réapprentissages, ça s'apparente beaucoup à une sorte d'éducation ou de rééducation. Cette procédure va au-delà d'une psychothérapie classique en étendue et en profondeur, tout en durant le plus souvent beaucoup moins longtemps que cette dernière.

L.R. : Les gens s'étonnent souvent lorsque tu dis qu'en quelques jours on peut régler ses problèmes avec l'alcool...

M : Oui, je comprends leur étonnement. Néanmoins c'est possible et nous l'avons fait à maintes reprises notamment dans les stages "En finir avec l'alcool" en cinq jours. Il y a cependant un pré requis : il faut que la personne soit décidée à régler son problème. C'est évident, mais il est bon de le rappeler de temps en temps.

L.R. : Au fil de tes articles, on voit se dérouler toute une procédure d'interventions et tu nous rappelles, de temps à autre, que cette procédure d'ensemble est efficace pour les autres dépendances. Ma question est celle-ci : Est-ce que, dans les autres dépendances, on retrouve aussi ces traumatismes dont tu as parlé tout à l'heure ?

M : Oui, on retrouve ces traumatismes également dans les autres addictions, y compris dans les cas d'anorexie et de boulimie. Je voudrais revenir sur un point. C'est vrai qu'au fil de mes articles je laisse entrevoir le modèle que j'emploie. Il y manque toutefois la partie qui concerne l'intervention sur le traumatisme initial.

L.R. : Oui, alors, que fait-on dès le moment où l'on a découvert ce traumatisme, qui, il faut bien le dire, est quelque chose de très intense et de très pénible ? Faut-il faire revivre le traumatisme au sujet pour l'en débarrasser définitivement ?

M : Bien sûr, il est nécessaire, le plus souvent, de traiter ce traumatisme, cela va de soi.
Mais il est important d'ajouter que nous avons, en PNL, de nombreux outils pour arriver à ce résultat. Et ce qui est encore plus important de savoir, c'est qu'il n'est pas nécessaire de revivre le traumatisme initial pour s'en débarrasser.

Michel FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 12 - Octobre 1994

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Réponses à une Lectrice

Murielle a une sœur alcoolique. Voici ses questions :

1) Est-ce que l'alcoolisme est un état de dépression avancé ?

2) Est-ce que l'on peut dire qu'un alcoolique fait preuve de lâcheté ? Ou est-ce simplement de la peur ? Peur de vivre ? Peur de mourir ?

3) La dépendance à l'alcool est-elle psychique ou physique ? Ou les deux ? Sur quoi faut-il agir pour lutter contre l'alcoolisme ?

4) Le fait de boire abusivement le week-end pendant une soirée est-il une forme d'alcoolisme ? Est-ce que cela peut dégénérer en une dépendance alcoolique ?

5) Qu'est-ce qui est le plus grave : boire un apéritif chaque soir de la semaine ou rechercher l'ivresse un soir dans la semaine ?

Un livre de plusieurs centaines de pages ne suffirait pas pour répondre à Murielle. Je souhaite cependant qu'elle trouve des débuts de réponse dans le texte suivant, que j'ai rédigé en pensant à elle.

Remarques préalables

Le terme "alcoolisme", apparu en 1849 sous la plume du médecin suédois Magnus HUSS, désignait l'ensemble des conséquences de l'intoxication éthylique sur le corps humain ; il reconnaît ce que l'on nomme aujourd'hui les "alcoolopathies", c'est-à-dire les maladies causées par l'abus d'alcool.

Je regrette beaucoup, pour ma part, que le terme ait élargi sa signification à un tel point qu'il ne veuille plus dire grande chose aujourd'hui.

Dans le sens donné primitivement par M. HUSS, l'alcoolisme (ou les alcoolopathies) appartient au domaine du seul médecin. Dans ce sens, seul le médecin est compétent pour soigner l'alcoolisme.

Chacun sait aujourd'hui que la personne en difficulté avec l'alcool n'est pas seulement confrontée à une molécule prise en excès. En d'autres termes, "l'équation excès d'alcool égale alcoolisme" est fausse et naïve.

L'alcoologie dépasse très largement le cadre médical et implique beaucoup d'autres spécialistes.

À mon avis, il est préférable de parler d'alcoolisation et de dire que l'alcoolisation est un comportement (et non une maladie). Le concept d'alcoolisation n'introduit aucune ligne de partage entre ceux que l'usage nomme "alcooliques" et les autres. On peut alors définir une personne qui s'occupe des questions d'alcoolisation comme un alcoologue (et ce dernier n'est pas forcément un médecin comme tendent à le croire beaucoup trop de gens).

L'alcoologue est donc ce spécialiste qui, quelle que soit sa profession d'origine, a pour vocation d'élucider la relation de l'homme à l'alcool. À mon sens, l'alcoologue devrait avoir analysé sa propre utilisation des produits psychotropes et toxiques avant d'élucider celle des autres. Cet aspect devrait être inclus dans sa formation.

À mon avis, le problème de la prévention de l'alcoolisme, puisqu'il faut malgré tout utiliser ce mot, est mal posé.

Actuellement, la prévention ne cible que les alcoolopathies qui, seules, sont liées à l'excès d'alcool. Cette prévention ne peut pas prévenir les difficultés que rencontre une personne avec l'alcool car l'origine de ces difficultés n'est pas vraiment prise en compte.

Pour être plus clair, je dirai que la prévention des alcoolopathies est du domaine médical et paramédical. Par contre, introduire une prévention qui tente de diminuer le nombre des personnes dépendantes de l'alcool est encore une entreprise à mettre en œuvre. Rien n'est fait actuellement en ce sens car le public croit encore que l'alcoolisme est causé par l'excès d'alcool.

L'apparition de la PNL a profondément bouleversé les concepts utilisés jusqu'ici dans le champ de l'alcoologie. Un nouvel ensemble d'idées a vu le jour et ces dernières, nettement plus efficaces en pratique, prennent peu à peu le pas sur les anciennes notions. De nouvelles "cartes" viennent découper et représenter le champ de l'alcoologie et sont à l'origine de modèles nettement plus performants.

Dans le cadre de la PNL, il n'est plus possible d'appréhender "l'alcoolisme" et les autres addictions comme on le faisait jusqu'ici. Il est possible maintenant de cerner l'essentiel des croyances, valeurs et critères qui sont à la base d'une identité et de les ajuster de telle sorte que le recours à l'alcool ne soit plus nécessaire.

En quoi consiste l'alcoolisme ?

Je rappelle à Murielle les quelques propositions suivantes : Le sujet est placé dans un contexte particulier qu'il a du mal à gérer sur le plan émotionnel. Il ressent un état interne désagréable ; celui-ci émerge à peine qu'il est déjà à l'origine d'un comportement d'alcoolisation immaîtrisable. Cet état interne n'est pas de même nature que celui qui déclenche une simple envie d'alcool, qui, elle, conduit à une alcoolisation maîtrisable.

"L'alcoolique fait-il preuve de lâcheté ?" Certainement pas ! Il n'est, bien entendu, ni vil, ni méprisable et ne manque pas de rigueur morale ni de courage. Il faut bien saisir, Murielle, que "l'alcoolique" ne peut pas ne pas boire dans certaines circonstances. Il ne peut pas résister pour deux raisons me semble-t-il ; d'abord, parce que l'état interne ressenti réveille le traumatisme initial et ensuite parce que le mécanisme est compulsif.

J'invite ma lectrice à relire attentivement mes deux articles sur la compulsion et à méditer ceci : votre sœur a des problèmes avec l'alcool, certes, mais il n'est pas question un seul instant de la juger. Savez-vous, Murielle, que l'on peut aujourd'hui "greffer" une compulsion à n'importe qui, pourvu que la personne veuille bien se prêter à l'expérience ? Cela veut dire très clairement que cette personne, pourtant "non-alcoolique" se conduirait exactement comme un "alcoolique" !

(Soyez rassurée, Murielle, on peut enlever ensuite, très facilement, cette sorte de compulsion artificielle).

Le traumatisme initial

La grande majorité des français s'alcoolisent mais un certain nombre seulement (10% ?) deviennent dépendants à l'alcool. Comment comprendre cela ? Et comment comprendre du même coup l'échec des entreprises de prévention jusqu'ici ?

Ne devient pas "alcoolique" qui veut, et il ne suffit pas pour cela de boire en excès. L'affaire est à la fois plus simple et grave : un traumatisme insupportable, souvent répété, est intervenu dans l'enfance, l'adolescence ou même parfois à l'âge adulte. Pour faire face au caractère insurmontable du traumatisme, le sujet s'est disloqué, clivé, divisé en deux parties, l'une observatrice et l'autre observée. Cette dissociation, comme nous la baptisons, est juste antérieure à l'autonomisation de la souffrance et à son contrôle.

Cette dissociation réactive correspond à une situation subjective que seul le sujet serait à même de décrire pour lui-même avec pertinence. Processus beaucoup plus qu'un état, cette dissociation de base est un mécanisme appris par le sujet dans l'urgence de la situation traumatisante. Beaucoup d'événements peuvent être à l'origine d'une telle dissociation de base : Viols, incestes, abus, brutalité... sévices souvent méconnus dans le système familial et l'entourage, parfois connus mais tus.

Ce qu'il importe de comprendre, Murielle, c'est que ce clivage a été un don du ciel au moment où le traumatisme est survenu. En ce sens, la dissociation, origine lointaine de la dualité (PA) (PS), n'est pas un problème mais une solution pour le sujet.

Solution ou problème

Bien sûr, je comprends que si ce clivage est une solution pour le sujet, c'est en même temps, un problème pour l'entourage (et aussi les professionnels !). Non seulement ce clivage est une solution, mais c'est la meilleure solution que le sujet ait pu mettre en place. Je sais que cela est dur à entendre mais cela permet de comprendre à la fois les difficultés de "l'alcoolique" et celles de son entourage. Car les notions de "problème" et de "solution" comme chacun peut s'en rendre compte par une réflexion élémentaire, sont des notions RELATIVES.

Dès lors, dès que l'on entend prononcer ces mots, il convient de se demander : problème pour qui ? Solution pour qui ? Peut-être "l'alcoolique" a-t-il peur, après tout... mais peur de quoi ? De revivre des années après, le traumatisme initial ? C'est possible... de ne pas parvenir à déclencher à temps sa solution dissociative ? Possible...

Mais il n'a pas envie de mourir. Au contraire, tout son être veut vivre. N'oublions pas que la dissociation est un mécanisme de survie, solution personnelle extraordinairement efficace ! L'alcoolisme n'est pas un comportement "autodestructeur" mais un comportement de vouloir vivre.

Lutter contre l'alcoolisme...

Pour prévenir les alcoolopathies, il suffit de diminuer la consommation d'alcool. Cette prévention est actuellement bien faite et ne pose pas de problèmes particuliers.

Par contre, s'il s'agit de lutter contre l'alcoolisme en tant que dépendance, l'affaire est singulièrement plus complexe. L'alcoolisation excessive n'est, en effet, que la partie visible de l'iceberg. Une prévention efficace devrait ici s'attaquer théoriquement à tous les événements susceptibles d'entraîner l'apparition d'une dissociation. Encore faudrait-il être convaincu que ces événements forment bien la matrice de l'alcoolisme en tant que dépendance. L'entreprise est vaste et nécessite un sacré doigté !

Sur le plan technique, il faut bien reconnaître que, depuis l'apparition de la PNL, il est plus simple d'aider un "alcoolique" à s'en sortir en effectuant avec lui un travail sur l'empreinte du traumatisme initial. Je sais que cette idée a du mal à être acceptée, mais nous savons, avec l'expérience acquise, que ce travail demande quelques jours.

Je me rends de plus en plus compte, après plus de vingt ans d'alcoologie clinique, du piège que tendent les mots. La série sémantique : alcool, alcoolisation, alcoolisme, alcoologue... serait à revoir. Ces concepts polarisent trop la pensée sur l'alcool en tant que produit et cachent l'essentiel des problématiques.

Une vraie prévention de l'alcoolisme demanderait à ce que l'on touche à ce qui se passe, parfois, dans l'intimité des familles... des choses cachées, ignorées, tues : des choses honteuses qu'on ne saurait dévoiler sans prendre des risques inouïs... une prévention de l'alcoolisme et des autres addictions (anorexie, boulimie, flambeurs...), je veux bien dire une prévention qui ne serait pas du semblant, prendrait en compte une dimension qui reste dissimulée au sein des familles...

Alcoolodépendance

Avec les concepts de dépendance physique et de dépendance psychique, on a l'impression, après ce qui précède, de tomber dans un autre monde. Il faut comprendre ici que l'ordre explicatif est différent. Nous sommes dans le domaine de la biologie.

Classiquement, la dépendance est à la fois physique et psychique et il est bien difficile de séparer les deux. Quand elle est décrite sur son versant physique, la dépendance se définit comme un état d'adaptation à l'alcoolisation tel qu'apparaissent des troubles physiques intenses dès que la consommation cesse : c'est le "syndrome de sevrage" ou "déprivation". La biologie émet des hypothèses explicatives au sujet de la dépendance : modification des neurotransmetteurs et modifications structurelles des membranes cellulaires.

Ceci étant dit, j'aimerais que ma lectrice comprenne qu'il n'y pas une seule explication au phénomène de l'alcoolisme. Chaque science apporte son éclairage particulier et offre ses outils. Les explications médicales n'excluent pas les explications sociologiques et psychologiques. Dans cet ensemble de sciences qui s'intéressent à l'alcoolisme, la PNL a un statut particulier dans la mesure où elle ne veut pas construire une nouvelle théorie. Elle offre un cadre conceptuel nouveau qui propose des solutions là où il n'y en avait pas jusqu'ici.

L'alcoolisme, une dépression avancée ?

Comme je l'ai dit à maintes reprises, je ne peux pas inclure l'alcoolisme dans le cadre des maladies.

Exception faite des alcoolopathies qui sont de la compétence du seul médecin, je pense que le traitement de l'alcoolisme n'appartient pas aux médecins, sauf s'ils sont des alcoologues, par ailleurs.

Dès lors, pour moi, l'alcoolisme en tant que tel ne saurait se ramener à une dépression avancée. Certes, la personne en difficulté avec l'alcool peut être sujette, comme tout un chacun, à la dépression. Je n'ignore pas, bien sûr, que les psychiatres décrivent volontiers des dépressions primaires préalables à une alcoolisation dite pathologique et des dépressions secondaires qui seraient, soit réactionnelles au sevrage, soit masquées par l'alcoolisation.

À mon avis, en dehors du remboursement de leurs soins par la Sécurité Sociale, les "alcooliques" n'ont pas grand intérêt à être aujourd'hui considérés comme des "malades".

Alcoolisme et doses d'alcool

Ce ne sont pas les doses d'alcool ingérées qui sont importantes mais plutôt le mode d'alcoolisation et l'inscription de celui-ci dans les contextes de la vie quotidienne.

En fonction de la vulnérabilité du sujet, les doses n'expliquent que la sévérité et l'étendue des seules alcoolopathies.

Le fait de boire abusivement le week-end, pendant une soirée, peut être considéré comme une forme d'alcoolisme s'il est prouvé par ailleurs, que le sujet ne peut pas ne pas boire. Il s'agit alors d'une perte de liberté de manœuvre par rapport au produit alcool.

Que dire encore à Murielle dans le cadre de cet article ? J'aimerais ajouter que la plupart des personnes en difficulté avec l'alcool ont une perception d'eux-mêmes peu favorable. Les croyances qu'elles entretiennent à leur sujet sont plutôt limitantes.

Elles doutent de leurs capacités, se sentent souvent coupables et pas assez bonnes. Souvent, elles se perçoivent comme des victimes dans leur environnement. Elles semblent souvent coincées dans des réactions émotionnelles et éprouvent des difficultés à tirer des enseignements du passé...

Michel FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 14 - Avril 1995

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